mercredi 22 octobre 2008

"Sarkozy n'est pas crédible dans la lutte contre les paradis fiscaux"

Montebourg: "Sarkozy n'est pas crédible dans la lutte contre les paradis fiscaux"
Par Thomas Bronnec, publié le 22/10/2008

Le député socialiste critique le retard avec lequel le président de la République s'attaque aux paradis fiscaux. Et explique à LEXPRESS.fr pourquoi il faut adopter des mesures coercitives contre ces territoires.

Vous avez rédigé plusieurs rapports pour dénoncer les paradis fiscaux. Etes vous satisfaits des mesures annoncées mardi par les 17 pays réunis à Paris sur ce thème ?
Avec Vincent Peillon, nous avons soulevé cette question il y a maintenant six ans. Pendant tout ce temps, la droite n'a pas jugé utile de s'attaquer au sujet.

Et là voilà qui découvre la toxicité de ces territoires, qui font tant de dégâts sur nos finances publiques et nuisent à la lutte contre l'argent sale. Tant mieux ! Mais permettez moi de douter de la crédibilité de Nicolas Sarkozy pour incarner ce combat... son parti a toujours voté contre nos rapports sur le sujet et a toujours refusé de s'engager contre les délocalisations fiscales. Le bras de fer qu'il a commencé est légitime, mais sa crédibilité est nulle.

Quel est l'impact des paradis fiscaux sur l'économie ?
Il est extrêmement négatif. Des pays comme la Suisse ou le Luxembourg organisent le dumping fiscal pour attirer les capitaux et les sièges sociaux des entreprises transnationales. Du coup, les profits de ces entreprises échappent à l'impôt, et ce sont les revenus du travail des salariés, retraites, artisans ou commercants qui payent la différence. Les finances publiques de la France, de l'Allemagne doivent faire face à des dépenses que la Suisse ou le Luxembourg n'assument pas: haut niveau de sécurité sociale et de services publics, une défense nationale importante... Nous ne pouvons pas accepter un tel pillage.

Comment amener ces pays à modifier leur législation ?
Cela ne peut se faire que par un rapport de force diplomatique et politique. Il faut les isoler, les menacer, les pointer du doigt devant l'opinion publique, et s'ils n'évoluent toujours pas, alors il sera temps de passer à l'action. Je souhaite qu'on impose un embargo sur les transactions financières effectuées vers ces territoires. Et que l'on dénonce les auteurs de ces transactions à l'administration fiscale, comme cela a été le cas en Allemagne.

Les banques doivent aussi fermer leurs filiales dans les places financières non coopératives, celles qui figurent sur la liste noire de l'OCDE - le Liechtenstein, Monaco, Andorre.

Il faut enfin obliger la Suisse à remettre en cause le deal qui consiste à proposer aux contribuables une retenue fiscale à la source en échange du secret bancaire. Et si elle ne coopère pas, eh bien remettons en question nos accords de libre-échange avec ce pays, et imposons lui des droits de douane dissuasifs.

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